Picto Extranat Picto Carte

Pénurie de SSD et de disques durs en 2026, ce que ça change pour vos données

Le marché du stockage traverse une crise sans précédent. En quelques mois, la pénurie de mémoire NAND qui faisait déjà flamber les prix des SSD s’est étendue aux disques durs mécaniques. Western Digital et Seagate, deux des trois derniers fabricants mondiaux de disques durs, ont confirmé que leur production 2026 est intégralement vendue, et les premiers contrats pour 2027 et 2028 sont déjà signés. Pour les entreprises qui dépendent de serveurs, de baies de stockage ou de NAS, cette situation a des conséquences très concrètes sur la disponibilité des composants, les coûts de maintenance et la sécurité des données. Si votre infrastructure de stockage est fragilisée par cette conjoncture, nos équipes interviennent sur tous les types de serveurs et SAN.

L’état du marché en mai 2026

La pénurie de NAND Flash, le composant de base de tout SSD, s’est installée progressivement depuis 2025 avant de s’accélérer brutalement. Selon Kingston, les prix de la NAND ont augmenté de 246 % sur l’année 2025, dont 70 % sur les deux derniers mois. Le cabinet TrendForce, référence du secteur, projette pour le deuxième trimestre 2026 une nouvelle hausse de 70 à 75 % des prix contractuels NAND, après une hausse déjà de 33 à 38 % au premier trimestre. Ces hausses se cumulent trimestre après trimestre.

Côté SSD, les conséquences sont directes. À capacité égale de 30 To, un SSD entreprise coûte aujourd’hui plus de quinze fois le prix d’un disque dur mécanique, et l’écart continue de se creuser. Le directeur financier de HP a indiqué que la part de la mémoire et du stockage dans le coût total d’un PC était passée de 15-18 % à environ 35 % en quelques mois. Les fabricants de SSD sans production NAND propre (Kingston, Lexar, Patriot) subissent des hausses de prix allant du double au triple.

Mais le fait nouveau, celui qui change la donne, c’est que les disques durs mécaniques sont désormais touchés à leur tour. Lors de sa dernière conférence de résultats, le CEO de Western Digital a confirmé que la totalité de la production HDD 2026 était vendue, avec des commandes fermes de ses sept premiers clients et des accords s’étendant jusqu’en 2028. Seagate a fait le même constat : sa capacité nearline est entièrement allouée jusqu’à fin 2026, et quasiment jusqu’en 2027. Les prix des disques durs en détail ont augmenté de 20 à 50 % depuis mi-2025 selon les modèles.

Pourquoi l’IA affame le marché du stockage

Cette pénurie n’est pas un problème de production au sens classique. Les usines tournent. Le problème est que la quasi-totalité de la capacité produite est absorbée par une poignée de clients géants, les hyperscalers qui construisent les datacenters d’intelligence artificielle : Amazon (AWS), Google, Microsoft (Azure), Meta, OpenAI.

Côté NAND, les fabricants (Samsung, SK Hynix, Micron, Kioxia) réorientent leurs lignes de production vers la mémoire haute marge destinée aux serveurs d’IA, en particulier la HBM (High Bandwidth Memory), qui consomme trois fois plus de capacité de production qu’une barrette DDR5 standard pour un rendement financier nettement supérieur. Micron a reconnu ne pouvoir satisfaire que la moitié à deux tiers de la demande de ses clients clés. Kioxia (ex-Toshiba côté NAND) a confirmé que sa production est vendue pour l’intégralité de l’année 2026.

Côté disques durs, le mécanisme est le même. Les hyperscalers stockent leurs jeux de données d’entraînement IA sur des disques mécaniques de grande capacité, bien moins chers au téraoctet que les SSD. Les clients cloud représentent désormais 89 % du chiffre d’affaires de Western Digital, contre 5 % seulement pour le marché grand public. Seagate présente un profil comparable, avec 88 % de ses livraisons en exaoctets destinées aux datacenters. Les entreprises classiques, les PME et les particuliers se retrouvent à se partager les quelques pourcents restants.

Le CEO de Phison (fabricant de contrôleurs SSD) et celui de Silicon Motion ont tous deux déclaré que cette tension sur la NAND pourrait durer jusqu’en 2028 au minimum, voire devenir structurelle sur une décennie, tant que la demande liée à l’IA continuera de croître plus vite que les capacités de production. Les nouvelles usines (comme celle de Micron à Boise) ne seront pas opérationnelles avant 2027 au plus tôt.

Les disques durs progressent, mais pas pour tout le monde

Face à cette situation, Seagate et Western Digital accélèrent le développement de leurs disques durs de nouvelle génération. Seagate commercialise depuis janvier 2026 des modèles CMR (conventionnels) de 32 To dans ses gammes Exos, IronWolf Pro et SkyHawk AI. Western Digital a annoncé un disque SMR (UltraSMR) de 30 To (Ultrastar DC HC690), ainsi qu’un modèle SMR de 40 To destiné au stockage froid en datacenter hyperscale, actuellement en qualification chez des clients pour une production en volume au second semestre 2026. La feuille de route de Western Digital prévoit des capacités de 60 To en 2028 et 100 To en 2029.

Ces avancées sont réelles, notamment la promesse de Western Digital de doubler la bande passante de ses futurs disques grâce à la lecture simultanée par plusieurs têtes magnétiques, et le passage annoncé à la technologie HAMR (Heat-Assisted Magnetic Recording), dont Seagate est le pionnier et le premier fabricant à l’avoir commercialisée à grande échelle. Mais ces capacités sont pour l’instant aspirées par les hyperscalers bien avant d’atteindre le marché des entreprises classiques et des revendeurs. La production n’augmente pas en volume : Seagate a confirmé qu’il ne prévoyait pas d’étendre ses capacités de fabrication, la croissance devant venir uniquement de la densité accrue par disque.

Un point d’attention pour les professionnels du stockage : les disques de très grande capacité annoncés par Western Digital (30 To et au-delà) utilisent la technologie SMR, qui présente des limites connues en écriture soutenue et en environnement RAID de parité. Pour les usages serveur conventionnels et les grappes RAID, seuls les modèles CMR restent adaptés, et la capacité CMR maximale chez Western Digital plafonne pour l’instant à 26 To. La différence entre CMR et SMR n’est pas anodine dans ce contexte.

Ce que ça change concrètement pour les entreprises

Pour un responsable informatique ou un dirigeant de PME, cette double pénurie a des répercussions immédiates sur plusieurs fronts.

Le remplacement d’un disque défaillant dans un RAID devient plus compliqué et plus coûteux. Quand un disque tombe en panne dans une grappe, il faut le remplacer rapidement pour lancer la reconstruction et éviter une perte de données. Or, trouver un disque de remplacement identique ou compatible, même modèle, même capacité, même interface, peut désormais prendre des semaines, avec un prix nettement supérieur à celui du disque d’origine. Chaque jour passé en mode dégradé sans disque de remplacement est un jour où la grappe fonctionne sans filet de sécurité.

La tentation de substituer un disque inadapté augmente. Face à l’indisponibilité du modèle prévu, certains administrateurs se rabattent sur des disques moins chers, de gamme inférieure ou de technologie différente. Utiliser un disque SMR dans une grappe conçue pour du CMR, ou un disque grand public sans TLER dans un contrôleur matériel, c’est s’exposer à des reconstructions interminables et à des défaillances en cascade.

Les stratégies de sauvegarde sont sous pression. Maintenir un stock de disques de spare, renouveler les supports de sauvegarde, étendre la capacité d’un NAS de sauvegarde, tout cela coûte plus cher et prend plus de temps. La tentation de reporter un achat ou de prolonger la durée de vie d’un disque vieillissant est compréhensible, mais c’est précisément le type de compromis qui se termine en perte de données. Le RAID n’est pas une sauvegarde, et réduire ses sauvegardes quand le stockage est cher revient à annuler son assurance quand la route est dangereuse.

Les délais d’approvisionnement allongent les temps d’arrêt. En cas de panne serveur nécessitant un remplacement de disque, le délai de livraison peut désormais se compter en semaines plutôt qu’en jours. Pour les entreprises sans stock de spare, l’impact opérationnel d’une panne disque s’alourdit considérablement.

Horizon de sortie de crise : ce que disent les industriels

Les dirigeants du secteur divergent sur la durée, mais aucun n’envisage de retour à la normale avant 2028 au plus tôt. Wallace Kou, CEO de Silicon Motion, estime que la pénurie de NAND Flash « ne se résorbera pas avant 2028 », car il faut deux à trois ans pour construire une usine et atteindre la production en volume (Economic Daily Korea, repris par WCCFTech, mai 2026. Samsung va plus loin : lors de ses résultats du premier trimestre 2026, Kim Jaejune, responsable de la division mémoire, a déclaré que « l’écart entre l’offre et la demande pour 2027 devrait se creuser encore davantage par rapport à 2026 », sur la base des commandes déjà enregistrées (Reuters). Les nouvelles usines coréennes (Samsung P5, SK Hynix Y1) ne seront opérationnelles qu’au second semestre 2027 au plus tôt, avec une production en volume prévue pour fin 2028 (Korea JoongAng Daily, mars 2026).

La prévision la plus radicale vient de Pua Khein-Seng, CEO de Phison : certains fabricants « estiment en interne que la pénurie durera jusqu’en 2030, voire dix ans ». Même en retenant l’hypothèse la plus optimiste, la capacité supplémentaire attendue en 2027-2028 sera absorbée en priorité par les mémoires à haute marge (HBM, SSD entreprise), et non par le marché des disques destinés aux serveurs et aux sauvegardes. Pour les entreprises qui gèrent des grappes RAID, cela signifie que la difficulté à trouver des disques de remplacement compatibles va perdurer, et que chaque panne non anticipée coûtera plus cher, plus longtemps.

Les réflexes à adopter dès maintenant

Dans ce contexte, attendre que la situation se normalise n’est pas une stratégie. Voici les mesures concrètes qui permettent de limiter l’exposition :

  • constituer un stock de disques de spare tant que c’est possible : acheter un ou deux disques de remplacement identiques à ceux de vos grappes RAID avant qu’ils ne deviennent introuvables. C’est un investissement modeste comparé au coût d’un serveur en mode dégradé pendant des semaines ;
  • vérifier le type de disques installés dans vos serveurs et NAS : identifier précisément les références, le type d’enregistrement (CMR ou SMR), la capacité et l’interface de chaque disque en production. En cas de panne, cette information sera indispensable pour trouver un remplacement compatible ou pour faciliter une intervention en laboratoire ;
  • ne pas reporter les remplacements préventifs : si un disque affiche des signes de défaillance imminente, secteurs réalloués en hausse, erreurs SMART, bruits suspects, le remplacer maintenant coûtera toujours moins cher que de le faire dans six mois, quand les prix auront encore monté et le disque aura peut-être emporté la grappe avec lui ;
  • sanctuariser le budget de sauvegarde : la tentation de réduire les achats de supports de sauvegarde est forte quand les prix flambent. C’est pourtant le pire moment pour rogner sur la stratégie 3-2-1. Une copie hors site et une copie hors ligne restent le seul rempart fiable contre les pertes définitives ;
  • documenter vos configurations RAID : en cas d’incident, disposer d’un relevé précis de la configuration (niveau RAID, taille de bande, ordre des disques, modèle de contrôleur) fait gagner un temps précieux, que l’intervention soit menée en interne ou par un laboratoire spécialisé.

La pénurie rend vos données plus vulnérables, pas moins importantes

La hausse des prix du stockage ne diminue pas la valeur des données qu’il contient. Elle rend simplement plus coûteuses les erreurs de gestion et plus tentants les compromis dangereux, disques inadaptés, spares absents, sauvegardes reportées. Si votre infrastructure de stockage est sous tension et qu’un incident survient, notre équipe est disponible pour intervenir rapidement. Chez Recoveo, le diagnostic est gratuit, réalisé sous quatre heures en urgence, et nous appliquons une politique simple : pas de données récupérées, pas de facturation.

Cellule d'urgence ransomware

Ligne direct 24/7

Contactez dès à présent nos experts pour vous accompagner et accélérer votre reprise d’activité.

Whatsapp